mercredi 30 novembre 2016

UNE CRECHE NE FAIT PAS UN CHRETIEN

Suivant une logique toute particulière, le froid de l'hiver échauffe les esprit à la veille de Noël. Le sujet le plus débattu entre beaucairois, après les élections aux USA et les Primaires de la droite, est bien évidemment celui de l'installation d'une crèche de la Nativité dans notre bonne mairie de Beaucaire.


Dans son empressement à laisser une trace dans l'histoire locale, Julien Sanchez prend des libertés avec des traditions provençales qui n'ont jamais eu cours dans notre ville, à commencer par la crèche. Fort du soutien d'une partie de la population qui l'adule quoiqu'il fasse, il relance la machine avec ce petit frisson d'anticipation qui précède les grands moments, à grand renfort de propagande municipale ! Ainsi il nous vend l'image supposée attendrissante d'une Mireille Fougasse en pleine action de montage de la crèche, consacrant à cette activité ô combien essentielle le week-end qu'elle devrait passer en famille. Si ce n'est pas de la conscience professionnelle d'élu qu'est-ce donc ? De l'acharnement ? Je vois d'ici les chats du centre ville se frotter les pattes de plaisir à l'idée d'aller se soulager dans les graviers de litière participant chaque année de la création de la crèche, propageant une délicate odeur d'urine aux bas du vénérable escalier de notre mairie pour le plus grand plaisir des nez les plus sensibles de la ville. Nez dont visiblement nos élus Front National ne font pas partie puisqu'ils récidivent pour la troisième année !

Ceci étant, le Conseil d'Etat a tranché la question et nous ne devrions pas avoir à revenir sur ce sujet polémique si sa décision était respectée. Son jugement est d'une totale clarté : 

"Le Conseil d’État juge que l’installation temporaire d’une crèche de Noël par une personne publique dans un emplacement public est légale si elle présente un caractère culturel, artistique ou festif, mais non si elle exprime la reconnaissance d’un culte ou marque une préférence religieuse."

Pour déterminer si une telle installation présente un caractère culturel, artistique ou festif, ou au contraire exprime la reconnaissance d’un culte ou d’une préférence religieuse, le Conseil d’État juge qu’il convient de tenir compte notamment du lieu de l'existence d'usages locaux et du lieu de l'installation et précise :

"Dans l’enceinte des bâtiments publics, sièges d’une collectivité publique ou d’un service public, l’installation d’une crèche par une personne publique n’est en principe pas conforme au principe de neutralité, sauf si des circonstances particulières permettent de lui reconnaître un caractère culturel, artistique ou festif "

En application de ces principes, le Conseil d’État s'est prononcé sur la légalité de l’installation de la crèche de la commune de Melun, dont la situation est identique à celle de Beaucaire. Dans ce cadre il a relevé que l'installation d'une crèche en mairie ne résultait d’aucun usage local et qu’aucun élément ne marque l’installation de la crèche dans un environnement artistique, culturel ou festif.

"Le Conseil d’État en déduit que la décision de procéder à une telle installation, en ce lieu et dans ces conditions, méconnaît les exigences découlant du principe de neutralité des personnes publiques. Il procède donc à son annulation."

La toute récente annulation de la crèche de Hénin-Beaumont pour les mêmes motifs par le tribunal administratif de Lille vient appuyer cette décision, la juge estimant que la municipalité Front National "a méconnu le principe de neutralité des personnes publiques".

Si l'on s'en tient à la décision du Conseil  d’État il ne devrait donc pas y avoir de crèche dans la mairie de Beaucaire cette année. S'il y a en effet eu quelques crèches dans notre mairie par le passé, cela ne relevait en rien d'une tradition locale répétée chaque année ! Pour ce qui est du caractère artistique et culturel, l'exposition annuelle des Santonales qui a lieu dans la salle du quai Charles de Gaulle est elle une tradition beaucairoise. Aucune festivité n'accompagnant la crèche installée en mairie, il est évident que cela "marque une préférence religieuse" et donc "un acte de prosélytisme ou de revendication d’une opinion religieuse". Il ne suffit pas d'y mettre des santons de Provence pour justifier de contourner la décision du Conseil d'Etat.  

En vertu de quoi le maire de Beaucaire se croit-il autorisé à se substituer au Conseil d'Etat et à bafouer un jugement dont la jurisprudence séculaire est aussi respectable qu'indiscutable ? Se pense-t-il investit par Dieu lui-même de la mission sacrée de ramener tous les beaucairois au sein de la chrétienté ? Si l'on suit son raisonnement il devrait ouvrir les bras à l'ensemble de la population beaucairoise, ce qui inclut les habitants issus du Maghreb, les Sud-Américains récemment installés à Beaucaire, les personnes en grande difficulté sociale, et pourquoi pas les migrants en provenance de la jungle de Calais ? Cela oui, ce serait chrétien. A Noël, comme au demeurant tout au long de l'année, un vrai chrétien doit accueillir les nécessiteux, tendre la main, venir en aide aux autres... Pas se cacher opportunément derrière une crèche en crachant sa haine à petites doses savamment distillées et en divisant la population. Cela, monsieur Sanchez, n'a rien de chrétien.

Lâchant les chiens sur tous ceux qui s'opposeraient à cette crèche Julien Sanchez s'offre ainsi sa petite polémique de Noël, une de plus à mettre à son actif ! Entre insultes et vulgarités qui font son ordinaire d'élu en représentation dans les instances locales et régionales, il nous rejoue encore et encore la complainte de "nos racines chrétiennes" et de notre "héritage", sa préférence religieuse allant de pair avec la préférence nationale chère aux élus frontistes. Gommant de fait près de 60% de ses administrés ! La "France apaisée" vraiment ? A Beaucaire nous en sommes très loin.

L'ntégralité de la décision du Conseil d'Etat :
http://www.conseil-etat.fr/Actualites/Communiques/Installation-de-creches-de-Noel-par-les-personnes-publiques

mardi 1 novembre 2016

CUIR, HARLEY ET TESTOSTÉRONE


Il en est des inaugurations comme des buissons d'épineux, aucun ne ressemble à l'autre mais certains sont nettement plus dangereux ! Reconnaissez que se faufiler entre les branches peut se révéler ardu selon qu'il s'agisse de l'un ou de l'autre, que le premier soit plus généreux en longues épines blanches que l'autre, que le labyrinthe dans lequel vous vous engagez soit plus intriqué que vous ne l'aviez prévu... Bref ! Une affaire qui demande du doigté, de la persévérance et une bonne dose de courage. Rassemblant les uns et les autres je me suis donc faufilée entre les blousons de cuir et les pin-up pour certaines plus très fraîches, admirant au passage les rangées de superbes Harley-Davidson auxquelles la municipalité avait jugé bon de réserver les deux tiers du parking de la place Georges Clémenceau pour l'occasion, déplaçant pour se faire d'honnêtes citoyens beaucairois qui y ont leurs habitudes puisque riverains des lieux. Sans aucun doute les ont-ils jugés aptes à parcourir plus de trajet à pied que les nombreux motards présents, lesquels n'ont semble-t-il pas l'habitude de marcher... 

J'avais comme tout un chacun hâte de découvrir le local généreusement prêté par notre bonne ville à cette petite association créée le 13 juin 2014 en présence de Julien Sanchez avec le soutien de la majorité municipale. N'y voyez aucun hasard, il n'y en a pas ! J'étais curieuse de savoir ce qui pouvait justifier une perte annuelle d'environ 5000 euros alors que notre maire pleure misère à longueur de temps pour prétexter de son immobilisme. 

De ces lieux rebaptisés opportunément mais sans grande imagination "Le Local", l'association Gladiator Ugernum a chassé toute trace de la chaleureuse présence du commerce qui l'y a précédé, y appliquant une grosse patte dégoulinante de testostérone bon marché comme l'on pouvait s'y attendre ! Mention spéciale cependant au grapheur Swed Oner qui a réalisé une fresque positivement magnifique, voire même terrifiante pour les plus impressionnables, qu'on ne s'attend pas à découvrir dans une ville comme Beaucaire. Un choix judicieux de la part de l'association qui fait écho de façon macabre au Christ en croix installé à l'entrée des lieux, créant une subtile mais non moins menaçante ambiance dès que l'on en franchit le seuil. Et c'est très clairement le message que s'emploie à faire passer le président de l'association, appuyé par un discours qui exprime sans ambiguïté sa volonté de passer outre les règles de bon voisinage. Les nuisances sonores causées par le va et vient quotidien des Harley-Davidson serait "une mélodie" a-t-il affirmé, passant sous silence le fait que le puissant ronronnement de ces engins fait vibrer les murs de Beaucaire sur leur passage. Avec une pointe d'humour et beaucoup d'assurance il a précisé que l'association ferait "du bruit", affirmant ainsi leur volonté d'agir comme bon leur semble sans se soucier des riverains. Dans la même veine il s'est permis sur la fin une remarque ouvertement homophobe qui a déclenché les rires des personnes présentes... A mettre au crédit de cette inauguration il y avait un excellent groupe de rock, The Fuzzy Dice, qui a joué quasiment jusqu'à 1h00 du matin quand d'ordinaire la mairie n'autorise pas les commerces de la place à causer des nuisances sonores au-delà de 22h00. Mais il faut bien que les bons patriotes s'amusent et que les élus dansent, n'est-ce pas ? Cette soirée était dans l'ensemble sympathique pour quiconque ne creusait pas plus loin que le pavé et se satisfaisait de l'ambiance réchauffée par l'alcool servi à volonté au bar et en terrasse. A ce sujet il m'a paru quelque peu étrange de constater que l'association proposait des boissons classifiées dans les groupes 4 et 5, à savoir des alcools distillés (rhum, whisky, bourbon...) alors qu'un événement associatif n'autorise que les boissons des groupes 1, 2 et 3, la bière et le vin entrant dans cette dernière catégorie. Cela sous le regard des élus de la majorité municipale présents... 


Le lèche-bottes blues du président n'a pas omis de mentionner le soutien de la ville de Beaucaire sans laquelle rien de tout cela n'aurait été possible, et si de fait nous n'en étions pas tous extrêmement conscients il nous suffirait de jeter un oeil sur l'affichage placardé au bas de la porte d'entrée du local qui porte le logo de la ville et affirme que celle-ci subventionne et soutient l'association. Bien ! Mais curieusement aucune autre association de notre ville ne bénéficie de tous les avantages consentis aux Gladiators Ugernum qui semblent s'être rendus indispensables au bon fonctionnement de la vie beaucairoise en très peu de temps. 

Énumérons les faits :
  • Chaque année pour l'American Bike c'est le service communication de la mairie qui se charge de la création et de la diffusion des affiches pendant que Gladiator Ugernum parade sur le canal et les Fontêtes
  • Gladiator Ugernum est associée à divers événements festifs organisés par la ville 
  • La mairie prête à Gladiator Ugernum un superbe local en occasionnant une perte de revenus de plus de 5000 euros pour les caisses de la ville, une décision passée en force en conseil municipal. Ce prêt, déjà contestable en soi, aurait pu être mis en place pour soutenir le sympathique salon de thé/librairie Book Délices lorsqu'il s'est trouvé en difficulté, ou simplement pour valoriser une association culturelle liée à la vie beaucairoise
  • Bizarrement la mise en place des trois enseignes (2 logos et l'enseigne elle-même) s'est faite en très peu de temps, ne causant aucune difficulté malgré la situation en secteur sauvegardé mise en avant pour le long délai d'attente du commerce précédent et de certains commerces avoisinants
  • L'aménagement de la terrasse et de la cour intérieure pour l'inauguration était d'évidence réalisé avec des tentes et cloisons démontables semblables à celles que la ville utilise pour ses événements. Tout comme pour les banderoles déployées notamment à cette occasion, on suppose que la mairie a offert son soutien "logistique et financier" ainsi qu'elle le précise sur le site web de la ville
  • La présence dans le local associatif d'un bar servant des boissons alcoolisées des groupes 4 et 5 (distillés) semble tolérée par la mairie que l'on a connu plus pointilleuse sur le sujet lorsqu'il touchait d'autres administrés

Alors malgré ma sympathie naturelle pour le monde des motards et les valeurs d'entraide, de solidarité et de droiture que certains portent encore avec fierté, je m'abstiendrais de m'engager dans cette voie avec Gladiator Ugernum qui me paraît usurper tout cela pour se mettre au service d'une idéologie dangereuse que je combats sans relâche. A eux de me démontrer que j'ai tort, mais je doute qu'ils le fassent. Quand on s'implante dans une ville sur ces bases-là il n'y a pas de retour en arrière possible. Si le but affiché est de "faire vivre la place" il faut que cette association comprenne que cela ne revient pas uniquement à "faire du bruit", ce qui semble être leur activité récurrente. S'il est d'effrayer les jeunes qui dealent au coin de la rue, cela ne fonctionne pas. Ils continuent, au nez et à la barbe des blousons de cuir comme de la mairie. Laquelle offre à Gladiator Ugernum une vitrine pour parader et jouer les gros bras, une version qui se veut musclée de la "présence française et chrétienne" chère à Julien Sanchez. Le cliché une fois mit en place il ne reste qu'à en rire tant il est outrancier !

Ne vous y trompez pas gens de Beaucaire, ce n'est ni plus ni moins qu'une milice que Julien Sanchez et sa majorité municipale ont installée au cœur de notre ville. Sans tambours ni trompettes, insidieusement mais inexorablement. Estampillée du sceau du Front National, livrée avec tout l'attirail et dissimulée derrière des sourires et des blousons de cuir.

Pour mémoire rappelons qu'une association qui ouvre un bar fixe pour ses membres est dispensée de licence si elle respecte 2 conditions :
  • l'ouverture du bar n'a pas pour but de réaliser des bénéfices
  • les boissons disponibles ne comportent pas ou peu d'alcool (groupes 1 à 3 de la classification officielle des boissons)
Dans le cas contraire, l'association est considérée comme exerçant une activité commerciale et doit posséder une licence de restaurant ou de débit de boissons. Dont acte.