samedi 17 février 2018

LES TROIS PETITS COCHONS - Fiction



C'est l'histoire de trois petits cochons qui, s'ennuyant dans leur nouvelle maison, décidèrent un jour de s'attaquer aux habitants de leur village. Juju, Yoyo et Dada cherchaient un dérivatif à leur ennui, le travail qu'ils étaient contraints d'accomplir ne leur plaisait pas plus que çà et ils tournaient en rond dans leur grande et belle maison. Celle-ci se trouvait sur la place principale du village, elle était bâtie en pierre blonde de la région et dotée de formidables colonnes qui imposaient le respect. Ils avaient un peu magouillé pour s'y installer, virant l'ancien locataire à force de promesses toutes plus farfelues les unes que les autres faites aux villageois. Ils affirmaient pouvoir les débarrasser du grand loup rouge qui demeurait tapi à l'orée du village, prêt à investir la grande maison qu'il guettait désespérément depuis plusieurs dizaines d'années. 

Le loup rouge était un peu une légende sur les bords du fleuve, il avait eu son heure de gloire et instauré la paix dans le village, mais un renard rusé avait réussi à le faire partir et à s'installer dans la maison pendant de nombreuses années. Le renard avait en quelque sorte préparé le terrain pour les trois petits cochons, bien sûr ce n'étaient pas ses meilleurs amis mais ils partageait de nombreuses pratiques, entre autres le goût des fausses promesses et un baratin qui vous mettait la tête à l'envers ! A présent les trois petits cochons devaient prouver qu'ils s'occupaient un minimum du village, aussi se lançaient-ils dans des travaux improbables et coûteux qui dépassaient leurs compétences, s'acharnant à détruire pour reconstruire, à arracher les arbres centenaires pour en replanter d'autres, trop chétifs pour faire de l'ombre, saccageant les plus beaux endroits du village pour en inaugurer les trous et les ruines à grand renfort de pattes serrées et de nouvelles promesses... Soucieux de partager leurs croyances, ils avaient installé dans la cour de la grande maison une sorte d'autel dédié à leur idole et engageaient les villageois à l'admirer, se souciant peu que certains d'entre eux ne soient pas concernés par leur culte et ne veuillent pas s'y conformer. Petit à petit ils pénétraient ainsi dans l'intimité des villageois et ordonnançaient leurs vies, chassant les anciennes habitudes pour imposer les leurs. Ils se plaisaient régulièrement à organiser des fêtes dispendieuses auxquelles n'assistaient que les anciens qui se trouvaient flattés d'être désignés comme un public averti. Les jeunes villageois n'étaient pas contents de leur travail, ils voulaient améliorer la vie dans leur village mais ne savaient pas comment les chasser de la maison. Inquiets, mais pas certains de ce qu'ils devaient faire, ils ne faisaient pas trop de bruit et menaient leur petite vie tranquillement en gardant un œil sur les trois petits cochons. Festifs dans l'âme, ils profitaient des fêtes à la belle saison pour courir après le cul des taureaux venus de toute la région pour les narguer et les divertir, se disant qu'après tout cela ne les engageait à rien.

Et puis un matin, sans que l'on sache bien pourquoi, Juju, Yoyo et Dada décidèrent d'attaquer la cantine du village. Ils réunirent leurs troupes et ils marchèrent sur ce lieu mythique où se rassemblaient les villageois et leurs enfants, l’œil menaçant et la queue en tire-bouchon, plus gris que roses sous l'effet de la méchanceté, en grouinant d'horrible manière. Ils pénétrèrent avec fracas dans les lieux, effrayant les petits et alarmant les grands, chassèrent brutalement les gentilles souris qui faisaient le service, renversant sur le sol les plats goûteux et variés qui flattaient les papilles des villageois les plus exigeants. Les mets délicats venus d'autres villages, et parfois de très loin, jonchaient les sol, et les gardes armés des trois petits cochons maintenaient un cordon de sécurité pour empêcher les enfants de les ramasser pour les consommer. Les petits pleuraient pendant que leurs parents essayaient désespérément d'entamer le dialogue avec les trois petits cochons, mais Juju, Yoyo et Dada montraient enfin leur vrai visage et leur riaient au nez en refusant de leur répondre. Ils décrétèrent que désormais ce serait ainsi et pas autrement. Ils occuperaient la cantine chaque jour de la semaine et les villageois qui ne voudraient pas consommer le plat unique qu'ils leur feraient servir devraient rester chez eux. Certains villageois tentèrent de leur expliquer que les petits s'attristeraient de ne pouvoir partager le repas de leurs camarades et leurs jeux, mais eux-mêmes n'ayant pas de petits ils ne comprirent ni n'écoutèrent les doléances. Pire encore, au bout de quelques semaines ils instaurèrent une loi qui interdisait aux villageois venus d'autres villages et à leurs familles d'entrer dans la cantine.

Dans la foulée les trois petits cochons décidèrent de construire un mur tout autour du village, et placardèrent sur les portes des maisons une sorte de charte rédigée à la hâte, interdisant aux villageois d'ouvrir leurs foyers à ceux qui ne vivaient pas au village. De partout on vint se presser devant l'immense grille d'entrée du village, brandissant des offrandes pour obtenir le passage, mais Juju, Yoyo et Dada refusaient toute intrusion et se contentaient de narguer les visiteurs depuis les fenêtres de la grande maison. Les villageois s'inquiétaient pour l'avenir de leurs petits, ils n'avaient jamais vécu ainsi, coupés du monde extérieur... Des affrontements éclataient à tout moment, réprimés par la garde de sécurité qui patrouillait jour et nuit dans les ruelles du village, menaçant et châtiant sans relâche et sans compassion quiconque se trouvait sur leur passage. 

Il vint un moment où les villageois n'en pouvaient plus de vivre ainsi et décidèrent d'agir. Ils unirent leurs forces et se réunirent devant la grande maison pour interpeller les trois petits cochons. Mais forts de leur ascendant entretenu par la peur, et certains de n'avoir rien à craindre, Juju, Yoyo et Dada fermèrent toutes les fenêtres pour ne plus avoir à les entendre. Alors il vint aux villageois une formidable idée pour s'en débarrasser à tout jamais ! Puisqu'ils se refusaient à quitter la grande maison qui, après tout, ne leur appartenait pas, ils les y enfermeraient. Aussitôt dit aussitôt fait, ils ramenèrent des pierres et du mortier et entreprirent de monter des murs devant chaque porte et chaque fenêtre, ne leur laissant qu'une toute petite partie de la belle grille d'entrée de la cour pour respirer. En moins de temps qu'il n'en faut pour vous le raconter les trois petits cochons se retrouvèrent prisonniers, piégés à l'intérieur de la grande maison de pierre blonde qu'ils pensaient leur appartenir. Ils résistèrent un peu, pas très longtemps, car finalement ils n'étaient pas très courageux et ne purent supporter de vivre ainsi enfermés. Alors ils supplièrent les villageois de les laisser partir et ceux-ci les libérèrent et les conduisirent très loin de leur village avant de les perdre dans une immense forêt pour s'assurer qu'ils ne reviendraient plus jamais.

Cette histoire finit bien, les villageois abattirent le mur d'enceinte, rétablirent la cantine dans ses anciennes pratiques, détruisirent l'autel sur lequel trônait l'idole des trois petits cochons, et ouvrirent les portes de leurs maisons à tous les habitants des villages environnants. Pendant près d'un mois une grande fête célébra le départ des trois tyrans et la joie de vivre reprit ses droits. Mais après la fête vint le temps de s'interroger sur l'avenir du village et de décider qui s'installerait dans la grande maison sur la place. Le grand loup rouge et le renard rusé pointèrent le bout de leur museau, quelques nouveaux venus distillèrent leurs fallacieuses promesses, il fallait tout reconstruire et l'avenir s'annonçait incertain... Nul ne sait à ce jour quel fût le choix des villageois, mais il y a fort à parier qu'ils cédèrent à nouveau au chant des sirènes. Le point faible des villageois étant leur fâcheuse propension à donner foi aux beaux parleurs, leur avenir se jouera comme toujours sur un improbable coup de dé. Mais ils seront contents, ils auront joué.

La morale de cette histoire c'est que l'on peut vivre de terribles épreuves et faire de mauvais choix, rien n'indique que l'on ne recommencera pas. Et les trois petits cochons guettent patiemment le bon moment pour revenir.


lundi 5 février 2018

CHAMPAGNE !!!


Champagne ! Mettez vos habits de lumière, ressortez les paillettes, aiguisez vos canines, préparez votre foie, pendant les semaines à venir ce sera fiesta ! Le maire paie sa tournée, on se lâche ! Non ce n'est pas une blague. Certes cela y ressemble, et le visuel de communication pondu par les identitaires de la communication nous ramène gentiment aux années 70, mais c'est très sérieux. Vous remarquerez que j'ai pris la peine d'améliorer ledit visuel pour qu'il transmette un message sans équivoque aux beaucairois et réconforte les patriotes qui ne manqueront pas de se presser dans les salles pour entendre leur idole. Non ce n'est pas Johnny, le pauvre n'est plus, mais avec un blouson de cuir et des lunettes de soleil le maire fera illusion.

Pourquoi cette tournée ? Pourquoi maintenant ? Tout simplement parce que dans un louable souci d'unité notre maire entend rencontrer les beaucairois dans les semaines à venir. Je vous entends d'ici chuchoter des horreurs et dénigrer cette action politicienne du plus bel effet, mauvais esprits que vous êtes ! Accordez-lui un peu de crédit et saisissez cette occasion unique d'apercevoir votre premier magistrat, il se fait rare ces temps-ci... Qui sait ? Peut-être aurez-vous la chance insigne de lui parler en tête à tête, et si vous ne le froissez pas d'emblée (attention c'est un être hyper sensible !) sans doute répondra-t-il à vos questions. Vous en avez tellement ! Et vous verrez, la réponse est tellement plus simple que tout ce que vous pouvez imaginer, car en vérité rien n'est de sa faute. Comment serait-il responsable de quoi que ce soit puisqu'il n'a rien fait ? L'Etat, les méchants opposants, l'horrible présidente de région, la CCBTA, la population d'origine étrangère qui refuse de quitter Beaucaire et qui fait tâche sur sa carte postale Provence Camargue, tout le monde lui en veut et personne ne l'aime...

Courageusement, Julien Sanchez fait front (oui elle est facile !) et s'aventurera donc dans nos quartiers pour opérer un subtil rapprochement avec la population beaucairoise, histoire de se rappeler au bon souvenir de ses potentiels électeurs. Il y a fort à parier que la franchise des échanges sera fortement orientée vers un panégyrique aussi long que répétitif du premier magistrat de notre ville, éloge qu'il se fera à lui-même ainsi qu'il nous y a habitués en conseil municipal à longueur d'année. J'aurais pu intituler ce billet "Julien fait...", mais comme à vrai dire il n'a pas fait grand-chose le sujet manquait par trop de ressort. Lui bien entendu vante ses propres mérites, et s'il faut en toute honnêteté lui en reconnaître quelques-uns ils n'ont aucun rapport avec Beaucaire.

Voyons un peu ! En bientôt quatre ans de mandat, qu'a fait Julien Sanchez concrètement pour notre ville ? Ah oui ! Il a baissé les impôts de quelques centimes d'euros, soit "peanuts" pour les portefeuilles des beaucairois, et il a lancé des études. Il aime bien les études, cela fait sérieux de faire réaliser une étude pour tout et pour rien. Sinon j'ai beau chercher... Il met en avant la réfection des travaux du quai de la Paix qui durent depuis deux ans et sont très loin d'être terminés, d'ailleurs avait-il fait faire une étude pour ce projet ? Parce que au vu du résultat on ne félicitera pas le cabinet qui s'en est chargé ! Il faut dire que son truc à lui c'est l'action sans concertation. Il aime tellement çà, décider tout seul, imposer sa vision (?) de notre ville passée par le prisme déformant du Front National. Il choisit, il tranche, il pique sa crise si quelqu'un ose le contredire ! Et puis monsieur le maire a la folie des grandeurs, il veut laisser son empreinte dans l'histoire de Beaucaire comme l'ont fait certains de ses prédécesseurs, mais n'est pas José Boyer (qui a fait entrer Beaucaire dans le XXème siècle) ou Jean-Marie André (auquel on doit l'aménagement actuel du canal) qui veut. Quoiqu'il ait sans conteste de nombreux points communs avec ce dernier ! Les projets fleurissent, un quartier Sud Canal "majoratif" (ne cherchez pas, c'est un terme comptable) sans commerces et sans services de proximité (il ne faut pas risquer un mixage des populations) un Palais des Congrès, des lotissements d'habitat individuel, un lycée d'enseignement général, la réouverture de l'écluse... Ah non ! C'est vrai que là c'est mort, l'écluse est comblée (merci VNF, une fausse promesse de moins pour les prochaines municipales) avec quelques parasols et trois palmiers nous aurons l'impression de vivre en bord de mer... N'oublions pas les écoles pour lesquels Julien Sanchez n'en finit pas de réaliser des études de réfection qui n'aboutissent jamais à des travaux, les cantines scolaires qui... Ah non, pardon ! Pas les cantines, c'est un sujet qui fâche. Vous l'aurez compris, la liste n'est pas exhaustive.

En cherchant bien j'ai tout de même trouvé deux trois trucs réalisés par le maire. Si, si ! Par exemple :

  • la crèche qu'il prend soin d'installer chaque année dans la mairie (il réfléchit à une nuit du Ramadan en contrepartie) 
  • la vidéo dans laquelle il exprime si délicatement sa position contre le dispositif ELCO
  • la formidable tribune contre les allophones qui est ni plus ni moins qu'une envolée lyrique ponctuée du "Allô ! Non mais allô quoi !" tellement tendance
  • le renforcement des effectifs de notre police municipale qui s'enorgueillit de posséder désormais 2 vélos, 1 chien (pauvre bête !)... 

Et tout le mal qu'il se donne pour punir les dérives coupables des opposants, châtiant à coup de communiqués la liberté d'expression des uns et les choix politiques des autres, brandissant le drapeau et la Marseillaise à tout moment, passant de l'écharpe tricolore à la quête pour SOS Chrétiens d'Orient, endossant chaque fois que nécessaire l'habit qui le fera moine. Ou prédicateur, c'est selon. Quel admirable tempérament que le sien, n'est-ce pas ? Notre maire c'est l'homme orchestre, il sait tout faire !

Alors Julien Sanchez serait-il un paresseux ? Certes non ! Il bosse avec acharnement, mais surtout pour son parti politique pour lequel il se crève à la tâche, payant de sa personne avec abnégation et sacrifiant probablement sa vie personnelle pour porter la bonne parole chaque week-end dans nos belles provinces. De là à imaginer que la SNCF lui aurait octroyé une carte Grand Voyageur Star + (accrochez-vous pour l'obtenir !) il n'y a qu'un pas... A moins que ce ne soit Total qui gratifie ses chauffeurs de tellement de points de fidélité qu'ils pourront bientôt racheter un paquet d'actions du groupe... Oui parce qu'il faut vous dire que notre maire n'a pas son permis de conduire. A trente quatre ans c'est quelque peu handicapant, mais sans doute n'a-t-il jamais pris le temps de s'y consacrer, trop pris par ses engagements politiques depuis son adolescence. Il y a des gens comme çà, qui entrent en politique comme on entre au couvent, la différence c'est que ceux-là s'épargnent de faire vœu de pauvreté en cumulant les mandats et les rémunérations confortables qui vont avec. Nous sommes si peu de choses, il faut bien vivre...

Info de dernière minute
On m'informe qu'on aurait vu un squelette rampant le long du nouveau mur de Berlin, pardon du canal ! Il chercherait désespérément la voie cyclable... #sanscommentaire

Notes
José Boyer (1913-2004) a fait entrer Beaucaire dans le XXème siècle
Sous ses différents mandats (1959-1983) furent réalisés notamment les réseaux d'adduction d'eau (l'eau courante aux étages !) et d'assainissement, plusieurs écoles (la dernière: La Moulinelle, en 1979), les Centres Aérés, l'Ecole Municipale de Musique, la Bibliothèque, la Piscine, la Halle des Sports, la Zone Industrielle Sud...



mercredi 22 novembre 2017

DU RISQUE DE FAIRE L'AUTRUCHE...



Parfois l'on se dit qu'il faudrait laisser couler... Pourquoi s'obstiner à mener des combats dont trop peu comprennent l'importance ? Alimenter d'interminables discussions qui virent au conflit sitôt que l'on prend position sur les valeurs que l'on juge incontournables nous place en marge d'une société qui se satisfait majoritairement de vivre dans l'ignorance. Une ignorance qui la dispense d'une réflexion approfondie et dérangeante qui la mènerait fatalement à se détourner du miroir dans lequel il lui plaît tant de se rassurer. Les contes de fées nous l'ont pourtant appris, lorsque apparaît la noirceur dans le reflet familier le miroir se brise. Le rejet des connaissances mène notre société à sa perte. Quelle société peut se targuer d'évoluer si ses citoyens ne manifestent plus de curiosité intellectuelle ? A l'heure d'un accès illimité à toutes les connaissances que les générations précédentes ont fantasmé, le monde se referme sur lui-même et rejette la lumière pour se complaire dans l'obscurité. Nous sombrons. 

Ce n'est pas une question de savoir. Beaucoup de personnes disposant de l'érudition indispensable à toute analyse ne voient pas toujours l'intérêt de s'élever contre cette acceptation de l'impensable qui devient la norme. Il est ici question d'engagement, de positionnements dont la clarté ne laisse planer aucun doute, de préservation des acquis et de préparation de l'avenir. A près de soixante ans on peut se dire que ma foi on a fait tout ce que l'on pouvait pour participer à léguer un monde correct à sa descendance. Mais l'on peut tout aussi bien ne pas se satisfaire d'à peu près et garder vivaces les exigences morales et intellectuelles de ses jeunes années. Et il n'est pas de plus grande satisfaction que de regarder ses enfants et petits-enfants grandir en sachant que l'on fait, et que l'on fera encore, tout ce qui est en notre pouvoir pour améliorer leur avenir.

Dans cette optique il est indispensable de ne pas baisser les bras, de ne pas laisser une seule possibilité à la haine de se glisser dans le débat, de ne pas permettre que d'aucuns enfoncent des portes ouvertes, de s'acharner à rappeler encore et toujours l'importance des valeurs républicaines. Là où les antirépublicains de tous poils s'efforcent avec une remarquable constance de corroder notre devise républicaine, seule garante de notre équilibre social, il importe de les dénoncer pour ce qu'ils sont : des fraudeurs. J'en veux pour exemple toutes les personnes qui, sous couvert de défendre la République, imposent dans le débat public une lecture pervertie de la laïcité. Tous ceux, quelle que soit leur couleur politique, qui se laissent corrompre par le roman identitaire naguère uniquement porté par l'extrême-droite qui voudrait imposer à la France d'être ce qu'elle n'est pas et n'a jamais été. Quand des élus qui se prétendent républicains se félicitent de se substituer aux forces de l'ordre et de bousculer des citoyens français qui prient dans la rue parce qu'ils ne disposent plus de local adapté pour pratiquer leur foi, on franchit un seuil inacceptable. Contrairement à la rumeur que propage l'imaginaire populiste les prières de rue ne sont pas interdites par nos lois, et il appartient aux préfets de les autoriser ou pas. Celles de Clichy ont été autorisées, elles sont donc légales et se sont déroulées sans encombre depuis huit mois, permettant ainsi aux fidèles de faire valoir leurs revendications comme tout français est autorisé à le faire. Quid de notre société de tolérance et de fraternité ? Cette affaire met en exergue les dérives d'une droite qui n'a plus de républicain que le nom, lequel ne leur en déplaise fût capturé au mépris du fait que tous les citoyens français peuvent y prétendre. Aujourd'hui ce qualificatif est assimilé à un parti qui n'hésite pas à le souiller en endossant les revendications identitaires les plus nauséabondes de l'extrême-droite, parfois rejoints par des brebis égarées provenant d'une gauche pusillanime qui ne sait plus vraiment où elle habite... De dérives en dérapages, on assiste ainsi à une succession de déclarations identitaires et islamophobes qui sont autant de tentatives de racolage, cette droite-là n'étant pas regardante sur la provenance de son électorat.

Devons-nous pour autant céder à la tentation de la facilité en acceptant de déposer les armes sans combattre ? Bien sûr que non. Et si nous abandonnons aujourd'hui la moindre parcelle de territoire nous perdrons bien plus qu'il nous est possible de l'imaginer. Dans un souci d'apaisement certains, lassés par des débats récurrents qui ne nous font guère avancer, ont proposé de respecter la trêve de Noël. De ne pas aborder le sujet polémique des crèches que les maires Front National installent chaque année dans leurs mairies en revendiquant une tradition qui n'existe que dans leur imagination. Il pourrait paraître raisonnable de pas nous écharper sur les réseaux sociaux comme des enragés sur ce qu'il faut bien appeler une posture identitaire. Mais à faire l'autruche la tête profondément enfouie dans le sable on ouvre grand la porte à toutes les agressions, et on peut légitimement s'attendre au pire ! Alors je débattrai le plus calmement possible de ce sujet brûlant que sont les crèches pour ne pas alimenter les tensions, mais je ne céderai pas un seul pouce de terrain à l'ennemi qui avance joliment masqué pour faire son nid au creux de nos manquements. Car ne rien dire, ne rien faire et subir, serait déroger aux valeurs que j'entends préserver. Plus que jamais, les menaces qui planent sur la laïcité ouvrent la porte à tous les obscurantismes. Il m'est douloureux de constater qu'en ce domaine, comme hélas en d'autres, l'énergie indispensable à toute bataille visant à préserver notre civilisation contre la pieuvre identitaire fait cruellement défaut. Hors l'apaisement ne peut pas être au prix de l'acceptation, de la compromission. Et si d'aucuns s'imaginent qu'il n'en sera rien ils se complaisent dans une confortable affabulation. On ne peut pas, on ne doit pas, tout accepter. Et certainement pas l'inacceptable.

Pourtant les compromissions fleurissent. Une partie de nos concitoyens jouent à se faire peur quand d'autres prétendent que finalement tout cela n'est pas si grave qu'il y paraît. Vous je ne sais pas comment vous vous définissez, mais moi c'est une évidence : je n'ai rien d'une autruche.


dimanche 12 novembre 2017

VERTUEUSE INDIGNATION VERSION FN


Et si nous reparlions un peu de Julien Sanchez ? Après tout c'est toujours notre maire, même si on ne le voit plus guère dans notre ville, pris qu'il est par ses nouvelles responsabilités régionales et nationales ! Je n'irais pas jusqu'à prétendre qu'il me manque, il ne faut rien exagérer, mais je remarque que son intérêt se porte désormais hors de notre belle cité et m'en voilà bien marrie...

Il est si occupé ce brave garçon ! A quoi, cela reste quelque peu mystérieux, mais il est certain que ce n'est pas au bon déroulement de la vie beaucairoise. J'en veux pour preuve un événement tout frais qui a impacté des milliers de jeunes d'origine maghrébine dans toute la France : la qualification du Maroc pour la coupe du monde de football qui se déroulera du 14 juin au 15 juillet 2018 en Russie. A ce sujet d'ailleurs, je me demande qui des fans de Vladimir Poutine arrivera en premier pour lui faire de la lèche et j'envisage sérieusement de lancer un concours avec bouteille de vodka à la clé pour les gagnants. D'ailleurs je m'en réserverais une, il me faudra bien cela pour survivre à la grande messe du football dont chacun sait que je la subis tous les quatre ans avec le même enthousiasme qu'un animal mené à l'abattoir. Et je pèse mes mots. 

Mais ne nous égarons pas ! Si j'avoue volontiers un petit battement de cœur pour la victoire des Lions de l'Atlas, ce qui s'en est suivi a dépassé de très loin les manifestations de joie que suscite généralement ce type d'événement. Dans toute la France, des supporters sont descendus dans les rues pour manifester leur joie, drapés de rouge et de vert aux couleurs du drapeau marocain. A Paris l'afflux de centaines de supporters autour de l'Arc de Triomphe a bloqué la place de l'Etoile, et des camions de CRS se sont assurés qu'ils ne déborderaient pas des Champs-Elysées. Partout en France cris, klaxons et fumigènes ont ainsi duré plusieurs heures, animant certes bruyamment nos rues mais sans que l'on n'ait à déplorer le moindre incident. Hormis à Fréjus où un petit groupe de jeunes a mis le feu à des poubelles et dressé un barrage sur une avenue du quartier de La Gabelle, celui-là même où David Rachline avait fait fermer un centre social en 2015. D'après Var Matin "une vingtaine de policiers nationaux, appuyés par une dizaine de fonctionnaires municipaux, ont fait usage de grenades lacrymogènes et de tirs de flashball. Il n'y a eu aucune violence et les jeunes se sont dispersés immédiatement." Voilà donc pour le constat de cette soirée mémorable sur le sol français.

Mais pour notre maire l'affront d'un piétinement populaire aux abords de la tombe du soldat inconnu ne pouvait passer inaperçu, aussi s'est-il empressé de manifester une juste indignation sur les réseaux sociaux en twittant "En ce 11 novembre, la France entière se transforme en souk marocain. Que fait le ministre de l'Intérieur ?" (cf photo) Ben oui c'est vrai çà ! Que faisait-il ? Peut-être qu'il arrosait la victoire du Maroc avec un petit rosé de là-bas en savourant un couscous ? Ou peut-être qu'il avait déjà pris ses dispositions et n'avait pas attendu Julien Sanchez pour faire son job... Pendant que je découvrais ces inepties c'était du délire dans Beaucaire dont le maire, comme à l'accoutumée, était absent. Une troupe assez impressionnante de jeunes ont traversé la ville, empruntant les artères principales comme cela se faisait dans d'autres villes, avec cris, klaxons et fumigènes, une manifestation de liesse certes très très bruyante et même impressionnante quand on sait que d'ordinaire à Beaucaire le soir il n'y a plus un chat dans les rues en cette période de l'année. Notre maire s'étant ému plusieurs fois de nuisances sonores dans le centre ancien pour quelques clients de commerces de restauration papotant sur le trottoir, je m'attendais à tout le moins à voir débarquer les cow-boys de la police municipale dûment armés et prêts à mettre de l'ordre dans ce foutu bazar indigne d'une ville Front National vantant l'ordre et la sécurité. J'étais tellement penchée à ma fenêtre, guettant désespérément les lumières bleues de leurs véhicules, que j'ai bien failli chuter au milieu du troupeau de jeunes qui a dû me prendre pour une cinglée ! Et rien...

Force m'a été de constater que s'ils sont capables de se mobiliser à cinq pour traiter sous mes fenêtres un cas de conduite sans permis imputable à une jeune femme bien gentille qui avait manifestement un peu arrosé sa soirée et oublié ses papiers à son domicile, nos amis de la police municipale restent bien au chaud dans leurs locaux de la rue Nationale lorsque leur présence serait souhaitable. Ne serait-ce que pour encadrer cette manifestation de joie et veiller justement à ce qu'il n'y ait aucun dérapage. Alors après avoir refermé mes fenêtres pour retrouver un peu de quiétude, tout comme Julien Sanchez je me suis interrogée. Que faisait le maire ? Que faisait son adjoint à la sécurité ? Que faisait notre police municipale ? A quoi sert-il d'augmenter les effectifs si on ne les voit plus patrouiller dans les rues, de jour comme de nuit ? Pourquoi investir 400 000 euros dans l'achat de caméras de vidéo surveillance qui ne servent même pas à verbaliser les dépôts d'ordures sauvages, les deals de drogue (oui les dealers sont toujours là, face à la mairie), les dégradations de biens publics (toujours face à la mairie) et les manifestations non déclarées comme celle qui fêtait cette belle victoire ? Fi de cette indignation qui ne pointe qu'une communauté parmi tant d'autres, laquelle ma foi ne fait rien de plus que ce que font nos bons patriotes à la moindre victoire, sportive ou autre. Ah non, pardon ! Des victoires il n'en ont pas eu depuis longtemps, il ne leur reste que leurs obsessions et leur vertueuse colère envers ceux qui ne leur ressemblent pas. Mais en même temps qui voudrait leur ressembler ? J'dis çà comme çà...

A la lumière de ces récents événements une question se pose : Julien Sanchez brigue-t-il la mairie de Paris ? Auquel cas je conseille vivement à mes amis parisiens de déménager très vite et de vendre leurs appartements avant qu'ils ne se déprécient, que les caisses de la ville soient vidées, que Paris s'endette pour au minimum 50 ans... Ben oui ! 20 ans d'endettement pour un quartier "majoratif" à Beaucaire équivaut bien à 50 ans d'endettement pour Dieu sait quel projet de génie qu'il nous pondrait pour la capitale ! C'est dur de laisser son empreinte après Jacques Chirac, Bertrand Delanoë et même Anne Hidalgo. Nous on veut bien faire un échange, mais à une condition : il embarque sa clique et ses nouveaux cow-boys avec lui, les anciens on les aime bien on les garde à Beaucaire. Et on fera une méga fête à tout casser en sortant tous les drapeaux de toutes les nationalités regroupées à Beaucaire ! Yallah !!!!!

Julien Sanchez - Interview du Midi Libre - 14.10.2017
"Dix agents s'occupent 24 h/24 du centre de vidéosurveillance. Il y a toujours quelqu'un derrière les caméras (...) Depuis décembre 2016, on peut assurer une présence 24 h/24 (...) C'est appréciable pour la population de pouvoir compter sur quelqu'un à n'importe quelle heure. C'est aussi dans ma mission d'assurer la tranquillité publique." 

dimanche 24 septembre 2017

COUSCOUS ET PIEDS NICKELÉS


Donc résumons bien ! Dans la logique de cette rentrée à rebondissements qui nous ferait perdre notre latin, manger du couscous vaut à l'un d'être viré du Front National et aux autres de porter la bonne parole dans nos provinces. Comprenne qui pourra... Il est vrai que les nouveaux porte-parole du parti de la flamme tricolore - on ne peut plus dire "des patriotes" sans semer la zizanie, si ? - ont utilisé avec une remarquable constance la brosse à reluire et n'ont, soyons honnêtes, pas suffisamment d'importance pour qu'on leur colle l'échec des présidentielles et celui des régionales sur le dos.

Que tous les dieux me viennent en aide ! Me voilà prenant presque la défense de Florian Philippot dont je ne supportais plus l'omniprésence quasi quotidienne sur tous les médias nationaux. Je n'ose croire que ces derniers accorderont aux trois pieds nickelés la même audience, je crains que mon pauvre coeur éprouvé par trois ans de frontisme effréné ne rate quelques battements indispensables à ma survie...

Vous y comprenez quelque chose vous ? Le gars du Nord, bonne pâte, oeuvre pendant six ans pour dédiaboliser son parti, lui donner une apparence respectable et rassurer les français. Il se donne à fond, planche la refonte du programme pour nous la régurgiter avec une admirable conviction, nous balance à tout va de belles théories économiques et souverainistes fumeuses qui font leur petit effet, fait siennes les causes populaires jadis portées par la gauche, et s'impose comme une figure forte indéboulonnable. Oui mais... La famille Le Pen n'a jamais su assumer ses échecs, et Marine Le Pen ne fait pas exception à la règle. Comme au bon vieux temps d'une royauté révolue la blonde à lunettes (non, je ne ferai pas la blague qui s'impose !) évacue ses frustrations en coupant des têtes. Et celle du petit Florian ne lui revient plus. Alors elle fait sa bêcheuse, puis se la joue victime, fait mine de s'inquiéter de cette petite association qui pourrait lui voler la vedette, pour un peu on y croirait... Et elle coupe ! Sans larmes, sans états d'âmes, sans questionnement existentiel. Il le savait, elle est partisane de la peine de mort, la guillotine c'est son truc et elle ne s'embarrasse pas de complexes inutiles pour la faire fonctionner. Je l'imagine bien lui chuchotant à l'oreille "je t'avais prévenu", juste avant que le couperet ne tombe.

Exit donc Florian Philippot et son impeccable garde-robe, sa fausse bonhomie, ses déclarations grandiloquentes, son mépris affiché de ses adversaires politiques, son humour qui n'amuse que lui et ses sous-entendus. Bienvenue aux pieds nickelés, au nombre de trois comme de bien entendu, dont l'un nous est hélas à Beaucaire trop familier. De Sébastien Chenu nous nous étonnerons seulement qu'il soit toujours égaré dans des terres d'extrême-droite, lui auquel on doit leSans aller jusqu'à féliciter Julien Sanchez de cette promotion dans le microcosme du Front National, nous lui reconnaissons une étonnante faculté de dispersion dans les nombreuses tâches qui lui son échues. Le Monsieur Loyal du parti cumule pas moins de quatre mandats :
  • Maire de Beaucaire
  • Vice-président de la communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence
  • Conseiller régional de Languedoc-Roussillon puis d'Occitanie
  • Président du groupe Front National-Rassemblement Bleu Marine au conseil régional d'Occitanie
A tout cela s'ajoutent ses fonctions de délégué national et présentateur de tous les grands événements du Front National. Et le voilà nommé porte-parole de son parti, ce qui accroît encore sa charge de travail et nous fait craindre, à nous beaucairois, qu'il n'ait plus guère de temps à consacrer à notre ville. Il était déjà évident qu'il ne faisait pas de son rôle de maire une priorité, hormis pour vanter une pseudo réussite, flouter les chiffres pour se valoriser, crâner ou se victimiser (c'est selon) dans les médias en cherchant la moindre occasion de faire le buzz, et ouvrir grand les portes de la mairie aux identitaires. Au vu de l'équipe de branquignols dont il s'entoure, il est à craindre s'il délègue quelque peu ses responsabilités que le pire soit encore à venir ! Et le pire, nous le voudrions déjà derrière nous...

Qu'on se le dise, si nos espoirs sont quelque peu malmenés nous ne perdons pas pour autant le goût de vaincre, et en attendant le jour J celui de combattre. Les pieds nickelés de pacotille semblent décidés à s'amuser, et sans aucun doute le jeu politique a ses charmes, mais à la bataille des idées les leurs sentent le rance. Alors en garde messieurs les baratineurs qui prétendez nous sauver de nous-mêmes en blablatant aux quatre coins de l'hexagone ! Pour vous occire nous disposons d'un arsenal inusité de plumes et de crayons, et croyez-m'en ils font mouche en toute occasion. 

lundi 18 septembre 2017

LA PIEUVRE DE LA HAINE


Même s'il ne me viendrait jamais à l'esprit de les en remercier, il m'apparaît que la seule utilité des suprémacistes américains est de mettre en lumière ce que nous, militants antifascistes, dénonçons avec énergie ces dernières années. J'exècre ces gens-là, c'est un fait, mais plus encore je crains cette pieuvre gloutonne qui étend ses bras jusqu'à embrasser la moitié du globe ! Me revient absurdement en mémoire cette maxime bien française "Qui trop embrasse bien mal étreint"... La pieuvre de la haine, sous ses formes multiples, resserre son étreinte à nous étouffer et l'air se raréfie chaque jour un peu plus. En France, les dégâts sont déjà considérables. Le niveau de violence n'est pas le même qu'aux Etats-Unis, sans doute parce que nos identitaires n'ont pas le loisir de manifester bardés d'armes de tous calibres et de toutes sortes comme l'ont fait leurs homologues américains. Mais les faits de violence imputables à des mouvements d'extrême-droite comme le GUD (1) Les Identitaires (2) Génération Identitaire (3) et autres petites factions provinciales brutales, devrait donner à tout citoyen raisonnable des sujets d'inquiétude.

Que se passe-t-il dans notre pays ? Cette remontée notable du racisme, de l'antisémitisme et du négationnisme à laquelle nous assistons depuis quelques années doit nous alerter ! Nous, associations antiracistes et collectifs citoyens, ne cessons de tirer la sonnette d'alarme et le faisons la majeure partie du temps en pure perte. Combien de fois n'avons-nous pas entendu le fameux couplet cher à l'extrême-droite qui assure que tout cela est derrière nous tout en continuant à stigmatiser les juifs, les musulmans, les étrangers ? Un discours qui s'étend hélas insidieusement à tous les courants de pensée, toutes les idéologies, et semble paralyser la mémoire collective de ces nouvelles générations de français qui se persuadent qu'aucune horreur surgie du passé ne saurait se répéter. Et que dire de toutes ces formations politiques et leur formidable incapacité à se renouveler qui nous ont menés au seuil de l'abîme ? Les faits nous donnent raison, année après année, agression après agression, actes odieux après actes odieux... Mais rien ne bouge, ou si faiblement que nous ne pouvons envisager de ralentir la cadence. Le fascisme, le nationalisme, le souverainisme, tous ces courants qui se combinent entre eux dans la plupart des cas et qui s'emploient à scléroser inexorablement notre société, s'ancrent de plus en plus profondément dans toutes les couches de la population. Combien de fois n'avons-nous pas signalé en pure perte les posts et commentaires racistes et antisémites qui fleurissent sur les réseaux sociaux et s'y épanouissent encore plus dangereusement en période électorale ? Combien de discussions à la limite de la violence verbale, d'échanges virtuels agressifs semés d'insultes en tous genres, de rappels de l'histoire pour réveiller les mémoires défaillantes, de mises en gardes contre les sites de réinformation ouvertement racistes de la fachosphère tels que Fdesouche, Boulevard Voltaire ou Novopresse ? Combien de signalements de propos négationnistes ? Combien de théories complotistes relayées parfois en toute bonne foi par des internautes qui ne prennent pas la peine de s'informer sur la validité de leurs sources ?

Que tous ceux qui prétendent aujourd'hui rire de tout, et surtout de cette période de notre histoire, prennent la mesure de ce qu'engendre le laisser-aller des exigences de mémoire. Il appartient aux nouvelles générations de reprendre le flambeau pour que plus jamais nous n'ayons à souffrir comme tant d'autres ont souffert. Aujourd'hui plus que jamais, et le déplorable climat des élections passées nous l'a démontré, il est primordial de tirer de notre histoire les leçons qui s'imposent. Nous ne serons jamais à l'abri d'actes odieux motivés par le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie, la pauvrophobie... Toutes ces petites discriminations quotidiennes que beaucoup trop subissent sous le regard des autres, tous ces propos racistes jetés en riant, toutes ces humiliations qui s'accumulent, qui ne sont pas réprimées comme elles le devraient ou pas assez vite, tout cela mène à des profanations, des agressions, des violences ! Dans une société qui trouve normal qu'un parti d'extrême-droite se retrouve au second tour des élections présidentielles, qu'un rafiot affrété par des identitaires menace ceux d'ONG qui s'emploient à sauver les migrants en Méditerranée, qui laisse une poignée de passéistes souverainistes dicter sa loi et violer en toute conscience les lois de la République, nous nous devons de préserver nos avancées sociétales et nos valeurs républicaines. Parmi celles-ci la laïcité n'est pas la moindre, elle est la pierre angulaire de notre civilisation, celle qui nous protège de toutes les tentations communautaristes et de l'obscurantisme.

Dans ce contexte, l'embauche à la mairie de Beaucaire de deux identitaires, dont l'un a déjà fait son travail de sape près d'un an dans notre ville, doit nous alerter. Tous deux issus de Génération Identitaire, Damien Rieu et Clément Martin sont respectivement directeur de la communication et chargé de communication. Leur confier cette responsabilité équivaut à mettre un fusil chargé entre les mains de psychopathes en disant aux autres de ne pas s'inquiéter, qu'ils sauront gérer au mieux la situation... La métaphore est osée, certes, mais elle reflète très exactement la dangerosité de la situation. Sur cette embauche précisément la question n'est donc pas de savoir si Damien Rieu, pour ne citer que lui, est compétent au poste qu'il occupe, mais bel et bien de savoir quelle influence auront ses positions identitaires et le poids de ses actions passées sur la communication de la ville autant que sur les prises de position de la majorité municipale.

Il appartient aux beaucairois, et plus largement aux français, de ne pas se laisser abuser par l'hydre à mille têtes des mouvances identitaires et du nationalisme, de regarder bien en face la bête immonde qui l'abrite en son sein et d'oser dire ce simple mot : NON.


Notes

1- GUD - Groupe Union Défense
Mouvement nationaliste réputé pour sa violence, fondé en 1968 par notamment Alain Robert, ancien militant d'Occident (voir ici) et l'un des fondateurs d'Ordre Nouveau puis du Front National. Frédéric Châtillon, conseiller et ami de Marine Le Pen (voir ici) en était l'animateur dans les années 1990 et plusieurs anciens militants gravitent dans et autour du Front National


2- Les Identitaires

Ex Bloc Identitaire, mouvement politique nationaliste fondé par Fabrice Robert et Guillaume Luyt après la dissolution en 2002 du mouvement Unité Radicale (voir ici) dont ils étaient tous deux dirigeants


3- Génération Identitaire

Mouvement créé en 2012 qui reprend le flambeau des Jeunesses Identitaires fondées par Philippe Vardon. Se définit lui-même comme une "communauté de combat", mène des actions contre les musulmans et les réfugiés, sont adeptes de la théorie du Grand Remplacement de Renaud Camus et prônent la rémigration pour y remédier 

dimanche 6 août 2017

NE TUEZ PAS LE MESSAGER

Ajax arrachant de force Cassandre du Palladium
Intérieur d'une coupe à figures rouges du Peintre de Codros
v. 440-430 av. JC musée du Louvre

On m'a dit et répété de me tenir tranquille. De faire profil bas quelques temps. De ne plus énoncer le moindre avis qui risque de mettre le feu aux poudres. De garder pour moi mes opinions, mes ressentis, mes mises en garde... Bref, d'arrêter de faire chier le monde ! Moi je suis plutôt bonne pâte quand on prend la peine de me parler, j'écoute ce que l'autre a à dire, et mieux encore je l'entends. Après un face à face je m'interroge, je me remets en question, je prends l'avis de quelques très proches qui me connaissent mieux que personne et savent refréner mes ardeurs. J'accepte volontiers la contradiction, elle permet d'alimenter le débat et donne plus de champ à la réflexion, mais encore faut-il qu'elle soit argumentée et force est de constater que ce n'est pas toujours le cas. Car il ne suffit pas de dire stop sur un ton agacé pour obtenir gain de cause, et certainement pas avec moi. Mettre en cause mon ego en le sous-entendant surdimensionné, employer des termes comme "tirer la couverture à soi" hors de propos et sans justification, me reprocher une médiatisation nécessaire pour me faire entendre, signifie que ces gens-là n'ont rien compris. Ni à ce que je suis, ni surtout à ce que je fais. 

Alors je m'interroge. Les personnes qui jugent nécessaire de me museler temporairement se demandent-elles parfois si elles-mêmes ne devraient pas en faire autant ? Car tant qu'à porter un jugement sans appel à mon égard sans prendre la peine ni de m'écouter ni de me connaître, je leur suggérerai de s'intéresser à leur propre nombril pour s'exercer à l'art délicat d'une argumentation construite et efficace. Ce que pour l'heure je n'ai pas encore eu à réellement affronter, et je le déplore. Soyons logiques, quel intérêt y a-t-il à argumenter face à des discours lapidaires qui ne tiennent aucun compte de la réalité qui motive mes interventions ? Et par là même leur portée. Le regard que d'aucuns portent sur mon activité en tant que présidente du Rassemblement Citoyen Beaucaire Terre d'Argence simplement parce qu'ils y voient l'expression d'une ambition que je n'ai pas, et l'incompréhension qui en découle, font fi de trois années d'un travail quotidien aussi difficile que patient. Soit 1096 jours d'apprentissage, de recherches, de lectures, de synthèses de l'information mise à la portée de tous. Un travail acharné, qui ne connaît ni repos ni temps morts, épuisant mais stimulant. 

Il serait bon que ceux qui se font un plaisir de toujours critiquer ce que font les associations antiracistes et ceux qui les représentent prennent la pleine mesure du travail de terrain, de celui fait en amont, de la somme d'informations qu'il est nécessaire d'éplucher pour trier le vrai du faux, des contributions de chaque collectif citoyen pour coordonner leurs efforts à l'échelle nationale et des moyens qu'ils se sont donnés pour être entendus. On ne s'improvise pas militant citoyen du jour au lendemain, il est essentiel de savoir où nous mettons les pieds, à quelle sauce malodorante nous serons mangés, avec quelle perfidie nous serons contrecarrés ! Chaque jour est une bataille. Et en sus nous avons tous une vie de famille, un travail, des passions... Mais le combat antiraciste prime sur tout le reste, et notre entourage peut en témoigner. Régulièrement depuis trois ans je subis des commentaires douteux sur ma famille, des moqueries, des commentaires sexistes et discriminatoires, des humiliations, des menaces d'agression et de mort, ma fille unique a été menacée de viol par des fachos et des identitaires bas de plafond... Bref ! Tout ce qui fait le quotidien d'une femme militante. Mes amies des collectifs citoyens ou engagées en politique peuvent témoigner de cette douloureuse réalité. Alors quand j'entends que je ne suis pas à plaindre parce que je l'ai voulu, que je n'ai qu'à arrêter, je n'ai pas d'autre choix qu'en rire... Visiblement ceux qui peuvent proférer une telle ânerie ne savent rien du combat que je mène, ils n'en comprennent pas l'exigence et je crains fort qu'ils n'en prennent jamais conscience.

Cerise sur le gâteau de l'incompréhension, ces personnes me reprochent de faire le jeu du Front National en informant sur les erreurs de gestion, les faits et gestes des élus et notamment du maire, en critiquant ce qui est critiquable. Il faudrait se taire, laisser passer le vent mauvais qui contamine la vie beaucairoise et jusqu'à ses traditions si chères au cœur des beaucairois ! Il faudrait rire de tout et surtout de n'importe quoi, attendre en silence, subir en silence, constater en silence jusqu'au jour où l'on jugerait acceptable de me retirer ma muselière. Mais trop tard je le crains... Un peu comme on lâcherait les chiens sur des voleurs qui auraient pris la poudre d'escampette depuis belle lurette. A ces personnes je dis qu'il ne faut pas se leurrer, céder un seul pouce de terrain à l'extrême-droite, au racisme, à l'antisémitisme, à la haine, à la discrimination, à la pauvrophobie et à la connerie tout court nous mènera tout droit à notre perte. Le propos est grandiloquent, certes, mais la seule idée de vivre un mandat supplémentaire sous le joug du Front National me donne la nausée ! Et j'avoue ne pas comprendre ceux qui n'en mesurent pas le danger. S'il leur convient de demeurer passifs grand bien leur fasse, je ne pourrai jamais l'être. Cela revient pour moi à faire des compromis et mieux, à se compromettre. Je peux côtoyer des élus Front National, leur serrer la main, discuter et même rire avec eux sans aucun problème. Je combats une idéologie dangereuse, pas des personnes, et je n'accepterai jamais la moindre compromission. Oui c'est une exigence morale, et je n'en demande pas plus aux autres que je n'en exige de moi-même, je suis droite dans mes bottes. Mettre cela en doute revient à dénigrer également la force de l'engagement des militants qui s'investissent dans les collectifs citoyens, car nous sommes tous dans la même démarche. Et nous travaillons dur. Puisque cela semble nécessaire je le redis ici, rien ne m'empêchera de faire ce que j'estime en mon âme et conscience devoir faire. Je veux pouvoir me dire si nous perdons ce combat que j'aurais fait tout mon possible pour éviter la défaite. Mais des erreurs nous en commettons tous, et personne n'est irréprochable. Il n'y a d'ailleurs pas lieu de l'être car ce n'est pas ce qui importe dans ce bras de fer engagé avec la haine et le populisme. Non, ce qui prime c'est l'engagement et la volonté de promouvoir une vision d'avenir. Pour ses concitoyens avant tout, pas pour soi-même. 

Cela étant posé, je n'ai bien évidemment aucune intention de me museler, pourquoi ne pas me mutiler pendant que nous y sommes hein ? M'interdire d'écrire revient à me priver de la parole, mon moyen d'expression le plus efficace est et sera toujours ma plume. A Dieu ne plaise qu'elle perde un jour sa causticité, elle me ferait périr d'ennui ! Pour finir je citerai simplement Sophocle - Antigone Acte I Scène 2 « Les mauvaises nouvelles sont fatales à celui qui les apporte. » 

Certains jours je me sens telle Cassandre condamnée à ne jamais me faire entendre et regarder ma destinée s'accomplir, impuissante. Et telle la fille de Priam j'en éprouve plus de tourments que de bienfaits. Je n'ai pas la prétention d'être la seule voix qu'il faille écouter, mais que l'on m'accorde au moins la tolérance que l'on donne à d'autres. Que les personnes qui m'ont fait part de leurs revendications communautaires répétitives avec plus ou moins de finesse et d'humour au fil de ces trois dernières années admettent que j'exerce ici mon droit de réponse légitime. Et qu'elles aient la bonté de comprendre qu'en vérité tout cela ne m'apporte rien de plus que la satisfaction d'être en accord avec ma conscience. N'y voyez pas l'expression d'un quelconque ego mais celle d'une leçon que l'Histoire nous a maintes fois apprise : ne tuez pas le messager, écoutez le message.